La plus ancienne mosquée de France, construite avant même celle de Paris, se situe dans l’Océan Indien, sur l’île de la Réunion. Retour sur l’histoire de cet édifice centenaire qui fait rayonner la culture musulmane au cœur de la capitale réunionnaise.
Novembre 2005. Pour le centième anniversaire de la mosquée de Saint-Denis, toute la population musulmane est en liesse. C’est une occasion inespérée pour les musulmans réunionnais de faire partager un peu de leur histoire, de leur culture, de leur religion, encore mal connues par toutes les communautés de l’île.
Premiers musulmans
C’est vers les années 1850 que la première vague d’immigrés sunnites débarque sur les côtes hospitalières de la Réunion.
Indo-musulmans ©RFO
Fraîchement arrivés des petites provinces de l’Inde ou de Bombay, les petits colporteurs et les riches représentants de firmes voient tous, en ce voyage lointain, l’occasion de faire fortune, en multipliant le commerce de grains et de précieux tissus d’Orient. Hommes jeunes et travailleurs, laissant derrière eux la pauvreté des villages indiens, les premiers [indo-musulmans->http://fr.wikipedia.org/wiki/Zarabes] s’installent sur l’île de la Réunion, en quête de richesses. Certains font venir épouses et enfants pour peupler l’île et l’enrichir de leur culture, d’autres, célibataires, succombent au charme des femmes créoles sans pour autant se détourner des croyances de leur religion d’origine.
Mosquée ©RFO
La rue du Grand-Chemin
Dans les années 1890, environ 130 indo-musulmans, hommes, femmes et enfants quittent leur [Gujarat->http://fr.wikipedia.org/wiki/Gujarat] natal, province du Nord-Ouest de l’[Inde->http://www.inde-en-ligne.com/home.php3 ?id=histoire], pour venir souder le cercle des « z’arabes », comme on les nomme à tort sur l’île. Liés par une croyance à toute épreuve, par un désir d’intégration mêlant le sens de la tolérance et de la discrétion, les nouveaux arrivants vivent en harmonie avec le reste des communautés. Pendant plus de dix ans, les musulmans se réunissent en prière autour des [versets->http://islamfrance.free.fr/medite.html] du [Coran->http://fr.wikipedia.org/wiki/Coran], dans un petit appartement du 111 de la rue du Grand-Chemin, lieu de culte improvisé surplombant l’artère principale des rues commerçantes et populaires de Saint-Denis. Nourrissant l’espoir de vivre leur foi dans le meilleur épanouissement possible, les fidèles parlent ensemble d’édifier une mosquée tout en respectant le paysage multi-culturel qui les entoure.
Pétition au gouverneur
En 1897, au temps où la séparation entre l’Eglise et l’Etat n’est pas encore de mise, « les musulmans habitant Saint-Denis et la colonie » soumettent dans le plus grand respect leurs intentions au gouverneur Beauchamp, précisant que la « mosquée sera entourée de murs et disposée intérieurement de façon à ménager les susceptibilités des autres confessions ». L’année suivante, la réponse positive du gouverneur ravit la population musulmane qui voit dans ce projet un épanouissement de sa religion et un signe touchant d’hospitalité de la part de la population.
Construction de la mosquée
Grâce aux dons rapidement récoltés par les membres de la communauté musulmane, il faut un peu moins de sept ans pour venir à bout d’une construction colossale réunissant des ouvriers de toutes origines, qui façonnent minutieusement les rondeurs du [dôme->http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%B4me] et la silhouette élancée du [minaret->http://fr.wikipedia.org/wiki/Minaret]. Le 28 novembre 1905, la première mosquée de France, que les fidèles baptisent « Noor-e-Islam » resplendit enfin sous les tropiques, sous le regard curieux des habitants qui se laissent guider à l’intérieur de cet édifice inconnu. Désormais les musulmans jouissent d’un lieu officiel de prière.
Un lieu symbolique
Tout en usant de leur discrétion habituelle, au coucher du soleil, les pratiquants vêtus de leur djellaba, marchent ensemble, d’un pas vif, vers la rue du Grand-Chemin. A l’endroit même où se tenaient anciennement les premiers croyants, une mosquée a été édifiée. Leur culte retrouve véritablement les couleurs de leur pays mais les musulmans, dans une volonté de s’intégrer à la population, lancent l’appel à la prière une fois par jour, à 18 heures, au lieu des cinq fois autorisées par le gouvernement.
Intérieur ©RFO
L’architecture
Aujourd’hui, un siècle s’est écoulé depuis l’inauguration du lieu sacré. Entre temps, la mosquée, qui ne pouvait contenir que 150 personnes dans la salle de prière, peut, depuis 1962, accueillir tous les fidèles : soit un demi millier de croyants. Dans ce lieu de paix, tous les éléments sont étudiés pour rappeler la terre d’origine : le relief des façades côtoie la blancheur des colonnes, les formes des varangues relèvent le contour travaillé des pilastres.
L’incendie
Malheureusement, à la suite d’un incendie en 1974 les façades de bois en proie aux flammes, ne résistent pas. Seules sont épargnées la salle de prière et la cour intérieure fabriquées dans des matériaux plus solides. C’est l’heure pour les musulmans de penser à la reconstruction et aussi à l’agrandissement de leur monument. Toujours financés par les familles, les travaux permettent de rebâtir la mosquée et de réaménager tout un pan de la rue et des commerces voisins, dans une artère populaire renommée, la rue du Maréchal Leclerc.
Nouveau visage
L’entrée de la mosquée se tient désormais sous un porche. Une lourde porte se fond discrètement dans le prolongement d’une galerie commerciale longue de trente-huit mètres et profonde de quatre où s’installe une majorité de commerçants indo-musulmans. Une pancarte mentionne : « Mosquée Noor-E-Islam ».
Le nouveau visage de l’édifice laisse percevoir un minaret culminant à 32 mètres de haut, d’où le muezzin laisse retentir son chant. A l’intérieur, dès leurs premiers pas, déchaussés, les fidèles se dirigent vers les bassins d’eau claire et les robinets alignés pour pratiquer le rituel de l’ablution. A l’image des moucharabiehs, la disposition du marbre imite le dynamisme de l’art islamique. Les formes géométriques parsèment les lieux dans les moindres contours, sur les murs de l’édifice jusque sur la niche où l’imam dirige la prière.
Un anniversaire remarqué
Depuis le mois de novembre 2005, jamais la mosquée n’a tant attiré les regards, attisé la curiosité des passants, des écoliers, des voisins et des commerçants qui profitent des visites guidées pour enfin franchir les portes massives du palais. Jusqu’à la fin de l’année 2006, la mosquée fête son centenaire. Pour l’occasion, Dalil Boubaker, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), s’est déplacé sur l’île pour resserrer les liens avec la communauté. Il a évoqué l’adaptation exemplaire d’un « modèle réunionnais » qui a su s’intégrer en maintenant le respect et la tolérance envers les catholiques majoritaires, les tamouls et les chinois.
Enseigement ©RFO
Un islam modéré
Lorsque Mohammad Bhagatte, l’imam de la mosquée de Saint-Denis, s’exprime sur la vie des musulmans dans l’île, il souligne la modération de leur islam, qui leur a permis de trouver une place à la Réunion. Maintenant les fidèles possèdent une medersa, l’école coranique, ainsi qu’un cimetière : ces symboles dévoilent la force de leur enracinement.
Femme musulmane ©RFO
Le rôle de la femme
L’imam de la grande mosquée de Saint-Denis a profité de sa récente médiatisation pour répondre aux idées reçues, en revenant notamment sur le rôle de la femme. Sur l’île, la mosquée est majoritairement fréquentée par les hommes, certes, mais cela n’empêche pas les femmes de s’impliquer pleinement dans la religion, comme elles l’ont montré lors des préparatifs du centenaire. Ces ardentes pratiquantes se réjouissent d’avoir à leur disposition, depuis l’année 2005, une salle de prière qui leur est exclusivement réservée pour l’apprentissage des versets du Coran.
Un exemple d’ouverture
En 1999, la mosquée de la Réunion a été choisie pour participer aux travaux du Conseil Français du culte musulman, pour sa façon particulière de faire évoluer le culte de la religion musulmane au sein de la société française, dans l’acceptation des lois de la République.
Les projets pour diffuser la culture ne manquent pas : la communauté espère construire un centre culturel musulman, une bibliothèque, un laboratoire des langues et une salle de conférences pour débattre avec les autres composantes de la société.
En ces temps où la religion musulmane est facilement assimilée aux problèmes de société, à l’intégrisme et à la montée du terrorisme, l’islam de la Réunion mérite qu’on s’attarde un peu sur son message pacifiste.
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